Le vieil homme s’approcha de l’arbre.
Il était si grand, si majestueux, si calme.
« Tu as traversé le temps et les tempêtes. Tu as toujours aussi fière allure comme si le monde n’avait aucun impact sur toi. Quel est ton secret vieil arbre? »
« Lorsque la tempête gronde, mes racines me maintiennent debout. Je m’ancre si profondément dans la terre que même si le soleil brule, même si la pluie tarde à tomber, même si les hommes se font la guerre… je reste là car je suis à ma place, connecté à notre mère terre Gaia qui me nourrit. Je n’ai pas peur de voir une hache ou le feu car je sais que de mes cendres renaitront d’autres arbres. Je sais que de mes fruits, naitront d’autres vies. Je sais que je suis immortel car rien ne se détruit. Je n’attends pas avec le temps, je n’ai pas d’objectif ou de but. Je suis juste là ancré, à profiter de chaque seconde qui m’est offerte dans cette enveloppe que vous appelez « arbre ».
« Ne connais tu donc jamais l’ennui ? La sensation de ne pouvoir agir sur l’extérieur, toi qui n’a ni main ni parole? »
« Je ne m’ennuie pas car j’ai conscience de mon « je suis ».
J’agis sur l’extérieur à chaque instant. Je suis la maison pour les oiseaux, je suis l’ombre pour ceux qui souhaitent se cacher du soleil, je suis une usine à oxygène qui produit 24h/24. Je suis une oeuvre vivante qui embellit le tableau et nourrit la créativité des hommes. Je suis le rappel de ce qui fut, ce qui est et ce qui sera.
Je suis un témoin des âges et des cycles naturels.
A moi tout seul je suis une bible de sagesse et un maitre enseignant.
Je suis ce qui vous permet de façonner vos livres et vos meubles. Ce n’est pas parce que tes oreilles ne m’entendent pas que je ne parle pas. Je communique bien plus avec ce qui nous entoure que vous les humains.
Je n’ai pas besoin de chercher à ressembler au voisin car je suis déjà assez occupé à vibrer ce que je suis. »
« N’as tu pas froid ou mal quand tes feuilles à l’automne s’en vont épouser le sol ? »
« Je ne perds pas mes feuilles. Je les invite à partir car elles ont fini leur cycle et d’autres doivent vivre. Elles vont s’unir à la terre pour devenir mon essence et donc feront toujours partie de moi puisqu’elles seront mon engrais. Rien ne se perd, je te l’ai dit, tout se transforme. »
« N’as tu jamais envie d’explorer le monde, de sortir de ton terreau ? »
« Je suis un arbre. Pourquoi vouloir être un oiseau ? J’ai choisi cette expérience d’arbre, je remercie Gaia de me le permettre. Je voyage avec ma conscience. Vous les humains, croyez que seuls vos yeux vous permettent de voir et voyager. Nous, nous n’avons pas besoin de programmer des séjours ou de prendre la voiture. Nous SOMMES le voyage et notre conscience traverse l’espace et le temps à la demande. Vous avez oublié cette faculté, car vous n’êtes pas ancrés. De votre ancrage naît votre capacité à voir au delà. Vous voyez vos racines comme un poids, que ce soit pour vos traumas, vos blessures… quand mes racines pourrissent ou faiblissent, j’en créé d’autres. Sans amertume, sans regrets, je remercie les anciennes et je reconstruit d’autres plus solides et vivaces. »
« Merci bel arbre, je vais méditer avec toi sur mon ancrage, incarner mon « je suis » car de là démarre mon reel voyage. »

